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31 mai 2010 1 31 /05 /mai /2010 18:43

Strella.jpg

 

 

 

 

Dans l’antiquité grecque, les tragédies étaient interprétées uniquement par des hommes, y compris les personnages féminins. C’est pourquoi on aurait tort de penser que Strella est juste un film sur le transgenre, puisqu’il n’en parle pas vraiment.

C’est un film sans femme avec des personnages féminins interprétés par des hommes.

Yorgos sort de prison - il avait tué son neveu parce qu'il couchait avec son fils - et part à la recherche de ce dernier. Il rencontre dans un hôtel miteux d’Athènes un transsexuel, Stella, surnommée Strella par ses amis qui la trouvent un peu folle (τρέλα, trela : folie, en grec moderne). C’est pourtant le personnage qui semble le plus sage, le plus abouti, le plus accompli, le seul à connaître sa route, le seul sur lequel les autres comptent et qui compte pour les autres. Strella se prostitue et imite la Callas le soir dans le cabaret des Poupées (Koukles), où chantent les transsexuels.

Le nœud de l’intrigue, c’est-à-dire l’enfance de Strella n’apparaît que tard dans le film.

On était dans un voyage à la recherche du passé, on se retrouve tout-à-coup dans une tragédie grecque (construite comme une intrigue policière), dans l’un de ces mythes fondateurs du tabou : Œdipe.

Mais la violence de l’acte est d’abord diffuse, assourdie par l’ignorance du père et le silence de celui qui subit avec fatalisme (et qui connait l'ironie du sort). La transgression est involontaire et donc n’apparaît pas d’emblée au spectateur. Une fois révélée, elle engendre la crise. Cela semble finalement moins douloureux dans l’œil de la camera de Panos Koutras. C’est comme une erreur de parcours, une transgression qui ne crève pas les yeux.

Même si une vieille pythie au physique monstrueux annonce la vengeance des dieux (l’hybris), du fond de son lit, gonflée au botox, à la morphine (et je passe sur les méfaits du lifting), il n’y aura pas de sanction divine, pas d’hybris hurlante.

Ce qui compte, c’est ce qui s’est passé au fond entre ces deux personnages, ces retrouvailles, et comme le dit Yorgos « tout le reste n’est qu’un instant (μια στιγμή, mia stigmi) », l’émotion et l’amour entre les personnages sont profonds.

Après le Chaos, le Cosmos, où tout rentre dans l’ordre : Noël se passe en famille, chacun protégeant l’enfance à sa manière.

  

"Strella" (A Woman's way) by Panos Koutras, a family affair.

 

In ancient Greek tragedies were performed only by men, including female characters. Therefore it would be wrong to think that Strella is just a film about transgender, since it doesn’t really talk about it.

It is a film without women with female characters played by men.

Yorgos comes out from jail - he had murdered his nephew because he had a sexual affair with his son - and goes in search of his son. He meets in a seedy hotel of Athens a transsexual, Stella, nicknamed by her friends Strella because they think she is a little crazy (τρέλα, trela : madness, in modern Greek). Yet this character seems to be the wisest, the most accomplished, the only one who knows his way, the only one that people trust and that counts for the others. Strella is a prostitute who imitates Callas by night in the cabaret Dolls (Koukles), where the transsexuals sing.

The crux of the plot, that is to say the childhood of Strella, appears lately in the movie.

It was a journey in search of the past, and you find yourself at once in a Greek tragedy (built like a detective story) in one of the founding myths of the taboo : Oedipus.

But the violence of the act is first broadcast, muffled by the ignorance of the father and the silence of the one who suffers with fatalism. The transgression was inadvertent and therefore is not immediately appearing to the spectator. Once revealed, it drives the crisis. It seems finally less painful in the eye of Panos Koutras’ camera. It's like an error in the course, a transgression that does not burst eyes.

Even if an old and physically monstrous pythie announces - from her bed, inflated with botox, morphine (and I spend about the dangers of lifting) - the revenge of the gods (hubris), there will be no divine sanction, no screaming hubris.

What matters is what happened in substance between the two persons, this reunion, and as stated Yorgos "everything else is a moment” (μια στιγμή, mia stigmi), the emotion and the love between the characters are deep.

After the Chaos, the Cosmos, where everything is in order again : Christmas happens in family, each one protecting childhood his way.

Strella3.JPG

Stella est le prénom de l’héroïne du film éponyme de Michalis Cacoyannis (1956) avec Mélina Mercouri dans le rôle titre, histoire (comme dans Jamais le Dimanche de Jules Dassin -1961-) d’une prostituée au grand cœur, une sorte de Carmen, qui tient tête aux hommes jusqu’à la mort.

Le point commun des deux personnages est l’aventure d’une femme libre face aux hommes. Elle accède facilement à leur désir sexuel mais les renvoie à leurs contradictions et à leurs faiblesses. Ces contes là parlent des limites du mâle, les femmes y paraissent surpuissantes et les poussent à des actes irrationnels malgré eux.
 

Stella is also the name of the heroine of the eponymous film by Michalis Cacoyannis (1956) with Melina Mercouri in the title role. It’s the story of a prostitute with a great heart (like in Never on Sunday by Jules Dassin -1961 -), a kind of Carmen, who is standing up to men until death.

The common point of the two characters is the story of a free woman facing the men. She provides an easy access to their sexual desire but sticks them to their contradictions and their weaknesses. These tales tell about the limits of the male, women seem overpowering and leading them to irrational acts against their will.

strellagr.jpgL'affiche de Strella en Grèce
The poster of Strella in Greece

Tous les ingrédients (des clichés peut-être ?) étaient là pour me plaire dans ce film : la voix et le chant de la Callas, la tragédie grecque et le mythe - qui apparaît comme un clin d’œil puis comme un avertissement sur le sac imprimé de la première femme que Yorgos observe en sortant de prison : « live your myth »-, les montagnes enfumées par les nuées matinales, les villages avec des maisons à encorbellement, l’Acropole d’Athènes depuis le ventre de la ville et le mont Lycabette, by night, la langue, le Grec, si sensuel et l’humour qui surgit çà et là. Le jeu des acteurs et la manière de les filmer nous immergent immédiatement dans l’histoire. Mina Orphanou a reçu un prix en Grèce pour le rôle de Strella.   All ingredients (perhaps cliches ?) were there to please me, in this film : the voice and the singing of Maria Callas, Greek tragedy and myth - which seems like a blink, then a warning on the printed bag of the first woman that Yiorgos observed once free from the jail : "live your myth" - the smoky mountains by morning clouds, villages with houses overhanging, the Acropolis of Athens from the belly of the city and Mount Lycabettus, by night, the language, Greek, so sensual and humor that pops up here and there. The acting and the shots immediately immerse us in the story. Mina Orphanou received an award in Greece for the role of Strella.
   strella2.jpg

Enfin, la manière d’adapter le mythe rappelle celle d’Ilya (jouée, encore, par Mélina Mercouri) dans Jamais le Dimanche qui, après avoir assisté aux tragédies, les raconte à ses hommes en donnant systématiquement une fin heureuse où l’on fait la fête au bord de la mer. C’est la fonction de la tragédie, après la catharsis, la libération des âmes, la purification se poursuit par la fête. On l’oublie souvent, pour faire peur peut-être. C’est dépaysant pour quelqu’un du Nord comme moi (j’habite Paris), où on a tendance, je trouve, à rester dans la frigidité des morts (parfois avec arrogance) sans passer au-delà, sans prendre de maturité dans le renouveau, la folie sympathique de la fête, la vitalité, et la reconstruction.

Il y a un « Après » la tragédie, un « Après » qui assainit les relations entre les hommes, qui donne du sens à la normalité, contre la perversion.
 

Actually, the way the myth is adapted reminded me of Ilya (played, again, by Melina Mercouri) in Never on Sunday who, after having seeing tragedies at the theater, tells her men the story, changing it into happy endings where everybody goes to the seaside to make a party. It is the function of the tragedy, after the catharsis, the release of souls, the purification goes on with the festival. It is often forgotten, perhaps to frighten. It is exotic to someone from the North like me (I live in Paris), where there is a tendency, I think, to stay in the frigidity of the dead (sometimes arrogantly) without going beyond, without taking into maturity renewal, the madness of the feast, the vitality, and the reconstruction.

There is an "After" the tragedy, an "After" that cleans the relationships between people, which gives back sense to the normality, against the perversion.
     
Bande-annonce du film (avec les sous-titres en Français)
Trailer (with French subtitles)
                       

Liens / Links :

 

Le réalisateur : Panos H. Koutras

Les acteurs :  

Strella : Mina Orfanou

Yorgos : Yannis Kokiasmenos


Des extraits du films (sous-titré en Français)

Article en grec d'Annie sur son blog/ Annie's article in Greek

Strella sur facebook

Une interview du réalisateur Panos Koutras dans Divergences

Le film a été sélectionné pour le festival du film de Berlin :

 Un article sur la présentation du film à Berlin

Un article très rigolo de "langue, sauce piquante".

 

Cet article est publié sur Eklablog

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Published by Dornac - dans Cinéma
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commentaires

Shaya 28/12/2011 09:13


Merci beaucoup pour cette très belle analyse ! Elle va bien plus loin que ce que certains "critiques pros" du cinéma ont fait. (J'en conclus que ceux qui n'ont pas aimé manquent cruellement de
culture humaniste.)


Ce film est effectivement très beau, et les deux co-scénaristes (Panos Koutras et Panagiotis Evangelidis) montrent qu'ils sont capables d'explorer une multitude de facettes de l'âme grecque - et
pas seulement.

Dornac 28/12/2011 13:28



Merci. Je ne lis pas beaucoup les critiques de cinéma. Parfois, je lis Les cahiers du cinéma parce qu'ils ont des outils techniques dans leurs analyses (que je n'ai pas) qui permettent
de comprendre les trucs des "magiciens". 



FANNY 29/09/2011 23:35



Il n'est pas encore passe a Larissa mais j'en ai lu dans les journaux.


Et puis il y a aussi "ALPES" de Lanthimos qui vient de remporter un prix au dernier festival cinematographique a Venise .


Bonne nuit et bises de FANNY.



Dornac 30/09/2011 07:29



Merci pour cette information.Bises.



FANNY 27/09/2011 20:45



J'ai aussi adore ce film et je vais envoyer ta presentation , detaillee et excellente, a mon amie Yone au Bresil qui vient de me demander des nouvelles du cinema contemporain grec
:-)


Merci et bravo !!!


FANNY.



Dornac 28/09/2011 18:50



Merci. Il y a un film grec qui vient de sortir en France, Attenberg, d'Athina Rachel Tsangari je vais aller le voir. L'as-tu vu ?



dornac 15/06/2010 00:13



Ha... je pensais avoir légèrement évité de dévoiler le clou, mais bon... j'ai essayé, je le jure! C'est dur parce que le blocage se fait exactement au niveau du clou, et je voulais parler du
blocage justement... bon ben...


Raté.






Grèce à l'Ouest 14/06/2010 22:06



Bonsoir Dornac,


Je viens de lire ton commentaire sur Strella de Koutras : j'ai adoré ce film. J'ai moi aussi écrit un texte de présentation (rubrique cinéma), mais sans dévoiler quoi que ce soit, par respect
pour les futurs spectateurs, car j'avais réussi à faire programmer ce film à Quimper. bonne soirée. Madeleine (projethomere, sur lequel je me fais rare, car beaucoup de travail)



annie 05/06/2010 00:08



LoL και ξανά LoL!!!! i just watched it now. it's so funny!!!!



annie 03/06/2010 19:40



μια χαρα τα πας! (you are doing fine) αντι να λες " για εγώ " να λες "για εμενα"


(instead of saying "for I" you should say "for me" )



Dornac 04/06/2010 10:11



Ευχαριστώ. Πρεπει να διαβασώ ξανα αντωνυμιες προσωπικες.


Ειπες το βιδεο
στη παλια ελληνiκα με την Κατερινα Φωτεινακι και την Αγγελικη Ιονατος ;(video n°2 of the article)



annie 02/06/2010 09:55



Well you know what, I don't think giving 5 minutes of one's time to read is that generous :) I try to e generous in general but I don't always succeed. What I would consider generous is reading
in French and spending half an hour trying to find the meaning in a dictionary. LoL But then again it would only be generous to myself, that you'd have given me the chance to work on my French.


Γενναιόδωρη υπόσχεση: Αν ξεκινήσεις να γράφεις στα Ελληνικά, υπόσχομαι ότι θα σε βοηθήσω.



Dornac 03/06/2010 10:16



Now you show how courageous you are!


Ευχαριστώ πολύ, ΠΑΡΑ πολύ! θα εiχες πολύ δουλέια για εγώ


Είναι ακόμα δύσκολο για έγω γιατί παιρνει χρόνο και θέλω να μιλησω ακομα για Στρέλλα.


Τώρα μετα σκεφτηκα, νομιζω ειπες αληθια για το φιλμ Στρέλλα : δεν ειναι πια ενα μικρο παιδι αλλά μεγαλα γυνεκα, μια άλλη. Και τελος αυτη ιδέα  δεν ειναι τοσο αντιφατικος με αυτο που ειπα,
αυτο που σκεφτηκα και εγραψα εδώ.


(Βλεπεις : εχω ακομα πολυ δουλεία με ελληνικη γλώσσα )



annie 01/06/2010 21:29



LoL


Yes I read it all. I can read English you know. what seems to be the problem?



Dornac 01/06/2010 23:41



I know you can read english. Δεν γράφω στην αγγλικά ;


I meant : the text is too long (boring).


Bravo Anastasia ! You know, you are the only one to read my texts... it reveals a deep courage and it means that you are a generous person with me. Thank you. Ευχαριστώ πολύ. By the way, I should
try now to make some mistakes in Greek by translating in greek all my texts and not in english (after all, who cares about english ?) .


Perhaps, at the end of 2011, I will only write in Greek (let's dream OOOneira, ooooneiraaaa...)


Hmm.


Και πολλά δουλεία.


 



annie 01/06/2010 01:10



Great analysis... thank you :) I am not that patient to write that much !



Dornac 01/06/2010 13:44



I was enough enthousiast to do it !


 


But well... you read it (all???) : how did you do it ?



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