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7 décembre 2009 1 07 /12 /décembre /2009 14:35

Voici un extrait des poèmes de Yannis Ritsos, Petite suite en rouge majeur. Cette "suite" est consitutée de plusieurs poèmes et appartient au recueil Erotika, publié en 1981.

Elle s'habille et se déshabille
ses habits sont du feu
sa nudité du feu
les clous fondent
un fleuve de fer
passe sous les arbres
trois fenêtres s'ouvrent
les oiseaux regardent dedans
avec une allumette au bec
il y a douze vitres rouges
six d'entre elles sont en or

Athènes, 30.1.80
                                    
Ah soir voluptueux
la lune dans la chambre
la lune sur le lit
sur le corps nu -
au sous-sol en bas
les coups métalliques
le forgeron cloue
des fers tout en or
au cheval blanc
le cheval ailé
et tu ne te soucies même pas de savoir
avec des fers aussi lourds
s'il va pouvoir encore voler.
Athènes, 7.11.80
     
Traduit du Grec par Dominique Grandmont, in
Le mur dans le miroir et autres poèmes
, Gallimard, 2006.
 


ΙΙ.

Ὢ άλάνθαστο σῶμα
πόσα καὶπόσα λάθη
μ᾿ἕνα μικρό διαβατικό φεγγάρι
στά γυμνά δέντρα τοῦπεζοδρομίου
άδειοῦχοι στρατιῶτες καπνίζουν
κάτω άπ᾿τόὑπόστεγο
βρέχειὅλη μέρα
άκούω τό νερό νά κυλάει άτέλειωτο
άπ᾿τά λούκια στό δρόμο
παρότι τό ξέρω
αὐτό τό εἰσιτήριο
εἶναιἐκπρόθεσμο πιά.

Ἀθήνα 18.11.80 *

  

 

Ô corps infaillible
que de fautes commises
avec une demi-lune de passage
sur les arbres nus du trottoir
des soldats en permission fument
sous le préau
il pleut toute la journée
j’entends l’eau à n’en plus finir
couler des gouttières dans la rue
bien que je sache parfaitement
que ce billet
n’est plus valable.

Athènes, 18.II.80 *


   

Από Μικρή σουΐτα σέ κόκκινο μεζον,
in Τά ρωτικά (1981).
Extraits de Petite suite en rouge majeur
in Erotika (1981).

 

Traduction de Dominique Grandmont,
Le mur dans le miroir
et autres poèmes
, Gallimard, 2006.

*Les dates (divergentes ici) sont celles indiquées dans chacune des deux sources :

   ~Version grecque : le site internet de l’université nationale et capodistrienne d’Athènes
   ~Version française (dates exactes): Dominique Grandmont (ref. ci-dessus).

Cet extrait manuscrit de Yannis Ritsos permet de donner une idée des difficultés possibles de déchiffrage (calligraphie style byzantin) :


Painting at the top of the article by/
Tableau en haut de l'article :

                                                  Γιώργος Σταθόπουλος : Η Κόρη των Αθηνών
                                                  Yorgos Stathopoulos: La fille d'Athènes


Liens / links :
Autres extraits d'Erotika:
     http://pagesperso-orange.fr/calounet/
    
Université nationale et capodistrienne d’Athènes (en grec)

     Erotika (extraits)

Autres poèmes de Yannis Ritsos sur ce blog :

       Yannis Ritsos : poèmes
       Epitaphe * Un jour de mai, tu m'as quitté
       Και να, αδελφέ μου * Et voilà, mon frère

Biographie (Guy Wagner sur le site de M. Theodorakis)
http://www.ypsilonediteur.com
Biographie sur projethomere.com


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6 décembre 2009 7 06 /12 /décembre /2009 09:31
Théâtre de Dodoni (Nord Ouest de la Grèce)

 

THEATRE ANTIQUE

 

Lorsque, vers midi, il se retrouva
au centre du théâtre antique,
lui, Grec et nonchalant, aussi beau que ceux-là l’étaient,
il poussa un cri – non d’admiration, un sentiment tel,
il ne le ressentait pas ou, s’il le ressentait,
il ne l’aurait sûrement pas manifesté – simplement
un cri,
peut-être de l’allégresse indomptable de sa
jeunesse
ou pour éprouver la sonorité du lieu. En face,
tout en haut des montagnes verticales,
l’écho répondit – cet écho grec qui n’imite ni ne répète,
mais continue seulement à une hauteur démesurée, l'
éternelle clameur du dithyrambe.

     

ΑΡΧΑΙΟ ΘΕΑΤΡΟ

 

Όταν, κατά το μεσημέρι, βρέθηκε στο κέντρο του αρχαίου θεάτρου,
νέος Έλληνας αυτός, ανύποπτος, ωστόσο ωραίος όπως εκείνοι,
έβαλε μια κραυγή (όχι θαυμασμού˙ το θαυμασμό

δεν τον ένιωσε διόλου, κι αν τον ένιωθε
σίγουρα δεν θα τον εκδήλωνε), μια απλή κραυγή
ίσως απ' την αδάμαστη χαρά της νεότητάς του
ή για να δοκιμάσει την ηχητική του χώρου.
Απέναντι,
πάνω απ' τα κάθετα βουνά, η ηχώ αποκρίθηκε -η ελληνική ηχώ που δεν μιμείται ούτε επαναλαμβάνει
μα συνεχίζει απλώς σ' ένα ύψος απροσμέτρητο την αιώνια ιαχή του διθυράμβου.

Traduction de Dominique Grandmont, dans Le mur dans le miroir et autres poèmes, Gallimard.
Ce poème est extrait de la Première suite in Témoignages (1963)   
 
Από Μαρτυρίες (1963)
 
masque1.JPG  
                                                     

 

Théâtre d'Epidaure


Théâtre Hérode Atticus d'Athènes

 

Théâtre d'Ephèse (Turquie)

 

Théâtre de Plovdiv (Bulgarie)

 

... et au passage, un article sur le théâtre romain d'Orange (France) :
eva.baila.over-blog.com


Les photos des masques viennent d'internet.
Les photos des théâtres sont personnelles.

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5 décembre 2009 6 05 /12 /décembre /2009 14:08

char-d-apollon.jpg

Τη ρωμιοσύνη μην την κλαις

εκεί που πάει να σκύψει

με το σουγιά στο κόκκαλο

με το λουρί στο σβέρκο

 

Νάτη πετιέται απο ξαρχής

κι αντριεύει και θεριεύει

και καμακώνει το θεριό

με το καμάκι του ήλιου

Ne pleure pas sur la Grèce,

- quand on croit qu’elle va fléchir,

Le couteau contre l’os

et la corde au cou,

 

La voici de nouveau qui s’élance,

impétueuse et sauvage,

pour harponner la bête

avec le trident du soleil.
   
Απο Δεκαοχτώ λιανοτράγουδα
της μικρής πατρίδας
, 1973
Traduction de Dominique Grandmont, dans Le mur dans le miroir et autres poèmes, Gallimard.
                                                                            

Autres traductions :

       http://www.stixoi.info/
       Guy Wagner sur le site M. Theodorakis.

 

Le recueil de Yannis Ritsos auquel appartient ce poème, Dix-huit chansons sur les malheurs de la patrie (1973) fait entre autres allusion aux différentes dictatures que la Grèce a connues, celle de Metaxas pendant la Deuxième Guerre mondiale et celle de la junte (le régime des colonels) de 1967 à 1974.

Mikis Theodorakis a mis en musique ce poème de Yannis Ritsos, interprété par Mikis Théodorakis dans la video suivante :

Ce concert en direct date de 1974,
juste après la chute de la junte en Grèce.

La chanson est interprétée ici par Maria Dimitriadi :



Liens/ Links to Yannis Ritsos :

http://www.universalis.fr

Painting at the top of the article/Tableau en tête d'article: Odilon Redon, Le char d'Apollon.

 

Commentaires, critiques et informations bienvenus.


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26 novembre 2009 4 26 /11 /novembre /2009 18:56
Alekos-Fassianos-Le-Chevalier-de-la-Liberte.gif

Yannis Ritsos (Γιάννης Ρίτσος, 1909-1990), grand poète grec, rend ici hommage à la France à la fin de la Deuxième Guerre mondiale.

  Lettre à la France
                             

Notre sœur la France,
notre sœur bien-aimée la France,
nous t’écrivons rapidement deux mots sur le genou,
deux mots tout simples comme notre amour,
Comme sont le pain, la lumière, le sel et notre cœur.
Tout simples. Cela ne nous irait pas devant toi de porter
      nos cravates,
nous avons chemise et poitrine déboutonnées,
nous avons notre orgueil déboutonné de haut en bas,
et notre rêve est déchiré, seul dans le vent,
et notre âme n’est pas rasée
de la barbe des partisans qui se sont retranchés,
à cheval sur la mort - en haut des rochers de la gloire.
Notre sœur, dans le sang nous te donnons la main,
pour te serrer ta main ensanglantée.
Toi au moins, tu n’es pas une étrangère. Tu es la nôtre.
Et quand tes partisans libéraient ton Paris,
nous criions dans les rues : « Notre Paris est libéré ! »
Des drapeaux plein le ciel, Athènes saluait
ton armée accrochant aux balcons l’espoir tricolore,
et sur les bancs de notre Kaissariani
(1) nous écrivions :
« Vive notre France libre ! »
Et là-haut sur le Pinde et à Liakoura (2) ,
dans les fumées, les cliquetis, et dans la poudre, ces
      nuits
où le vent apportait les volutes enflammées et les cendres
      des villages qui brûlaient,
les partisans là-haut gravaient, dans le bois des chênes
      sauvages et dans la crosse de leurs fusils,
ton nom tout à côté de celui de la Liberté.
Toi au moins tu n’es pas une étrangère. Tu es la nôtre.

 
Nous pouvons donc te tutoyer,
comme nous parlons à notre mère ou au soleil.
Ton histoire, nous la relisons au fond de notre cœur,
là toujours une rose est pour toi auprès de notre thym,
là les nuages les plus noirs, à tes côtés, se savent éclairés.
Ils savent qui tu es, nos pas sur les pierres de l’été,
pierres à sacrifice dorées par le soleil et par le sang,
et notre chanson, même sans le dire, elle aussi sait bien
      qui tu es,
et si elle ne le dit pas, c’est qu’elle connaît bien assez ton
      nom,
le nom de sa mère non plus, on ne le dit pas –
on dit seulement : maman.
Et tes chansons à toi nous sont toutes connues,
comme nous est connu ce paysage d’oliviers et de
      patience,
comme ce dur sentier plein de lauriers amers et de joncs
      poussiéreux,
à l’heure où va tomber l’orange de la nuit tombante,
et où un va-nu-pieds d’ange au pantalon rapiécé, le fusil
      sur l’épaule,
entreprend sa lente montée là-haut sur un âne couleur de
      cendre.

Nous pouvons donc te tutoyer,
comme nous parlons à notre mère ou au soleil.
Ah oui. Par ici, nous avons toujours du soleil à revendre,
peu de pain, beaucoup de prisons,
et beaucoup de cœur, tu le sais.
Que dire ? Bien sûr, tu l’auras appris, qu’un grand
      nuage rouillé
vient de repasser comme un gros rouleau compresseur
      sur les épis tout neufs encore de notre avril,
sur les Kalavryta (3) rasés de notre gloire,
et sur les blonds villages où s’apprêtait à fleurir
le rouge coquelicot nouveau-né de la poudre.

Mais toi la France, toi notre sœur, qui as réveillé l’univers
à la lueur de 1789 incendies,
toi qui a lâché 1789 colombes avec au bec un rameau
      fleuri d’amandier
au-dessus de tous les toits rouges de nos villages,
qui as lancé 1789 hirondelles dans les fils télégraphiques
      du ciel
pour annoncer le tout premier Printemps de notre terre,
tu le sais bien, toi notre sœur, comme tes frères
se sont écrit sur leurs semelles le nom de la mort
pour s’en aller avant, frappant de leurs clous sonores les
      sommets de leur vaillance.

 
Souvent nous épongeons nos yeux d’un lambeau déchiré
      de ciel,
souvent nous déjeunons d’un morceau de soleil séché,
mais toi, tu sais comme seule pourrait nous rafraîchir
cette pleine gourde de la Liberté
qui bat toujours sur le métal de notre chaîne,
tandis que  nous ne dormons pas, mis à la porte de la nuit.

 
Demain, nous sortirons à l’aube, ainsi parle aussi le
poète -
chacun de nous avec douze couples de bœufs,
labourer notre champ imbibé de sang.
Nous nous retrouverons alors, amie de la France,
tous les deux enfants de la Liberté,
au pied de l’arbre, et de la fleur et du soleil.
Nous nous retrouverons : nous aurons le ciel pour drapeau,
nous nous retrouverons, pour labourer la terre
de fond en comble, et pour semer
du blé à gros grains et des roses toutes rouges, camarade
      France.

 

(1) Kaissairiani : proche banlieue d'Athènes qui vit la plupart des exécutions capitales nazies.

(2) Liakoura, maquis entre l'Epire et la Thessalie

(3) Kalavryta : [ville objet d'un] massacre nazi dans le Pélopponèse

 

Traduction et notes de Dominique Grandmont : Le mur dans le miroir et autres poèmes, Gallimard, 2001 et 2006.

Le poème est « Daté de 1945, lu par l’auteur au cours d’une manifestation au Champ de Mars d’Athènes, le 14 juillet 1945. »

 

Tableau en tête d'article : Alekos Fassianos, Le Chevalier de la Liberte.
Painting at the top of the article : Αλέκος Φασιανός, ο Ιππότης της Ελευθερίας
                                              Alekos Fassianos, The knight of freedom.

 

Yannis Ritsos


2009 a été proclamée « année Yannis Ritsos » en Grèce.

C'est le centenaire de la naissance de Yannis Ritsos (1909-2009).

Dommage qu'il n'y ait pas eu beaucoup d’écho de ce poète cette année dans l'hexagone, alors qu'il a salué la France (de la main gauche).

 

Ce que Yannis Ritsos dit dans ce poème aurait pu être dit par un Français sur la Grèce, notre mère la Grèce.



Liens/Links

 

Autres poèmes de Yannis Ritsos sur ce blog :

       Yannis Ritsos : poèmes
       Epitaphe * Un jour de mai, tu m'as quitté
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Biographie (Guy Wagner sur le site de M. Theodorakis)
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Biographie sur projethomere.com

http://www.aujourdhui-poeme.fr

Paul Eluard: Liberté (1942)

Ismène de Y. Ritsos au théâtre des Amandiers en décembre 2009

 

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